UN BREF HISTORIQUE

Le Sauvetage de Lutry au cours des ans

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Article premier des statuts: La société de sauvetage a pour but de réunir, dans un esprit de confraternité et de prévoyance, les sauveteurs et navigateurs du lac Léman, et de créer une série de postes de sauvetage en vue de porter un rapide secours aux personnes et embarcations en péril.

A la fin du 19è siècle et au début du 20è siècle, il s'agissait de porter secours aux baigneurs, à quelques rares plaisanciers et aux barques à voile.
La disparition des barques, remplacées par des chalands dont les moteurs n'étaient pas aussi puissants que maintenant, font que pendant quelques dizaines d'années, c'est à ceux-ci, en dérive au large ou en difficulté d'amarrage, que s'est portée l'assistance. Le perfectionnement des moteurs a tellement amélioré la sécurité des grandes embarcations qu'il paraît peu probable que, de nos jours, le sauvetage ait encore à les aider.

En revanche, la navigation de plaisance, bateaux à moteur, voiliers et plus récemment planches à voile, a connu un extraordinaire essor, multipliant aussi le besoin d'interventions et la nécessité absolue d'une rapidité maximale, par tous les temps et en toutes saisons, contraignant ainsi les sections, qui veulent remplir leur mission, à adapter leurs bateaux et leur matériel aux conditions actuelles.

A cet égard, la section de Lutry a toujours fait preuve d'initiative et s'est souvent trouvée la première à introduire des nouveautés: ainsi par exemple la pose de deux moteurs fixes sur le Président Wilson, la création, avec cinq médecins, d'un règlement pour les soins aux noyés et la mise sur pied d'un concours dans cette discipline lors d'une fête internationale à Lutry, la participation à la création d'un règlement bien pensé pour la plonge au mannequin, la promotion de la nage, de la plonge et des soins aux noyés, par l'organisation d'un concours annuel des élèves des écoles, des essais de liaison radio terre-eau, l'adoption du bateau pneumatique Zodiac (Hardi 1), la vedette l'Alerte et aujourd'hui cette magnifique embarcation: Le Ville-de-Lutry.

Il est intéressant aussi de relever que dès son origine la Société de Sauvetage du lac Léman, dont les statuts utilisent déjà un sigle SSLL (Actuellement SISL), avait mis sur pied une caisse de secours mutuels, qui versait à ses membres une indemnité journalière en cas de maladie ou d'accident et cela à une époque où les institutions d'assurance étaient encore inexistantes. De plus, l'article 4 des statuts prévoyait que les dames pouvaient devenir membres de la société.

La création de la section de Lutry

Les archives de la société : procès-verbal, livre d’or, registres de sorties et exercices ainsi que les rapports des présidents permettent de suivre l'histoire de la section de Lutry.

Le 22 juin 1897, à l'instigation de Victor Cuénoud et d'Ernest Lavanchy, dix personnes réunies au Cercle de l'Union (l'actuel Restaurant de La Tour) décident de fonder une Société de Sauvetage à Lutry. La nouvelle section de la Société de Sauvetage du lac Léman est rapidement organisée sous la présidence de Charles Jaccottet. Les membres fondateurs sont les suivants: Léon Lavanchy, syndic, président d'honneur, Louis Veyrassat, Marc Gay, Louis Lavanchy, Victor Cuénoud, vice-président, Noé Diserens, Gustave Margairaz, caissier, William Bron, Alexis Porchet, Jules Potterat, Ami Baudet, Ernest Lavanchy, secrétaire.

Un beau canot, baleinière, construit à Ouchy, vient s'ancrer le 31 décembre 1897 dans le port de Lutry. Il est baptisé en plein lac, au mois de mai suivant, du nom de Fram (En Avant), en souvenir du bateau norvégien de l'explorateur polaire Nansen. C'est un solide bateau de 8,50 m de longueur à dix rameurs, avec cette particularité d'avoir un seul rameur en nage, à bâbord, tournant le dos au barreur et poussant sa rame. L'équipier de pointe est aussi seul à tribord, mais tire la rame comme les huit autres. Les belles photographies, conservées aux archives, permettent d'estimer la hauteur du mât, au-dessus du plat-bord, à 6,25 m et la voile latine, triangulaire, à 6 m x 6 m x 5 m. Les armes, rouge et blanc, de Lutry sont peintes en proue avec le nom de Fram, tandis que l'inscription Sauvetage de Lutry orne la poupe.

L'activité de la section se développe et l'effectif des membres s'accroît rapidement, permettant à Lutry d'organiser, en 1902, sa première Fête internationale de sauvetage.
Le temps est superbe, toute la ville est en fête.

En 1914, Alfred Bujard remplace Charles Jaccottet, qui vient d'être élu président central de la Société de Sauvetage du Lac Léman. M. Jaccottet y sera alors assisté de David Blanc de Lutry, fidèle et efficace secrétaire/trésorier, depuis deux ans déjà.

Le drame du Fram

Le 28 octobre 1917: drame! le Fram rentrant en fin d'après-midi de Cully, chavire au large de Villette avec cinq équipiers, dans la tornade d'une tempête. Le lendemain, dès l'aube, le Haut-Lac est quadrillé par des bateaux. La Sentinelle repêche deux rames, la barre et une partie du gouvernail au large de Vevey. On suit aussi les bords du Lac, découvrant la carcasse du canot sur les enrochements des moulins de Rivaz et, dans l'eau, huit tolets, la puisette et la hache; mais malgré l'engagement de matériel spécial pour la recherche des corps en eau profonde, on ne retrouve aucun équipier. Il faut alors se rendre à l'évidence,  le lac les a engloutis.

Après la stupeur causée par cette catastrophe, un extraordinaire élan de sympathie de toute la population des ports du Léman entoure les familles des disparus et rend courage à la section de Lutry, provoquant aussi l'entrée de plusieurs nouveaux membres.

L'Ernest et le Président-Wilson

On se préoccupe, en janvier 1918 déjà, de remplacer le bateau perdu. On veut une baleinière du même type que le Fram, dont on utilise la maquette pour dresser le nouveau plan. Le canot aura 10 m de longueur, 2,20 m de large et 75 cm de profondeur (et non pas 80 cm, pour que sa ligne soit plus élégante, sans que cela nuise à sa tenue dans les vagues). On prévoit aussi des caissons à air pour le rendre insubmersible, de même qu'un emplacement pour pouvoir éventuellement y installer un moteur. La construction en sera confiée à M. Jean Ries, chantier naval de Noville.

La section ne doit cependant pas rester trop longtemps sans bateau. C'est pourquoi on achète d'occasion le canot de sauvetage à six rameurs du Lycée Jaccard, bientôt baptisé Ernest, du prénom du patron et membre fondateur E. Lavanchy.

La guerre 1914-1918 vient de se terminer, les peuples qui ont subi les souffrances et les dévastations des batailles aspirent ardemment à la paix. Les Etats-Unis d'Amérique, qui ont contribué au succès final des armées alliées, participent avec la France et l'Angleterre au congrès de la paix à Paris, où leur président Thomas Woodrow Wilson y joue un rôle prépondérant. Animé d'un idéal généreux, il souhaite que ce traité soit un acte de réconciliation et de future collaboration. Il œuvre en outre pour la création d'un organisme qui permettra de prévenir les guerres et substituera des arbitrages aux conflits armés. Ce sera la Société des Nations, dont le siège sera à Genève. Cet immense espoir de paix, symbolisé par le président Wilson, soulève un très grand enthousiasme et l'on comprend ainsi que la Section de sauvetage de Lutry ait voulu lui rendre hommage en choisissant son nom pour le futur bateau.

Le dimanche 20 mai 1920, le canon tonne au débarcadère pour saluer l'arrivée du Président-Wilson. Les autorités, le pasteur, Monsieur Dexter (vice-consul des Etats-Unis) délégué du Président, le comité central et toute la population fêtent le nouveau bateau.

La société, qui venait d'engager un capital important pour le bateau, décide encore de construire un garage avec WC public et marquise-abri pour les voyageurs de la CGN. Le Conseil communal autorise à bien plaire cette construction et décide que la commune participera aux dépenses à raison de 30%, mais au maximum pour 3'000 francs; le bois de la charpente sera fourni gratuitement (la dépense s'est élevée à 12'000 francs).

On avait finalement renoncé à équiper le Président- Wilson d'un moteur, considérant que la vitesse ne serait pas beaucoup améliorée et surtout que la puissance du moteur resterait inférieure à celle des rames, en particulier pour les interventions de sauvetage des barques. Et c'est ainsi que, pendant vingt-cinq ans encore, les rames et la voile, quand le vent le veut bien, restent les seuls moyens de propulsion du bateau.

Les préoccupations de la guerre 1939-1945 passées, la Savoie à nouveau accessible, la navigation reprend activement sur le lac. Le Sauvetage doit être en mesure de remplir sa mission.

En juin 1948, après des études attentives, la section décide d'installer deux moteurs marins fixes sur le canot.

Les bateaux modernes: les Hardi I et II, l'Alerte, le Ville de Lutry

Mais on ne fait pas un bon bateau à moteur à partir d'un bateau à rames. Il reste lent et peu manœuvrable sur le lieu du sinistre.

Les canots pneumatiques Zodiac avec un moteur hors-bord, issus des expériences du docteur Bombard, qui commencent à être utilisés sur les côtes françaises, éveillent la curiosité du président d'alors. La vitesse, la sécurité, la fiabilité de ces engins le convainquent: voilà ce qu'il faut pour Lutry.

L'inauguration du Hardi-I, le 23 septembre 1961, posa quelques problèmes aux organisateurs. Comment en effet briser la traditionnelle bouteille sur une étrave en caoutchouc? Tout réussit cependant fort bien, avec le concours de l'ensemble de la population, manifestant comme de coutume la sympathie qu'elle éprouve à l'égard des hommes et des actes du Sauvetage. Quant au nom de baptême, il évoquait la cavalcade échevelée du Hardy chez les Vaudois, rappelée par cet ancien caissier, capitaine d'artillerie.

Puis ce fut le Hardi-II plus solide et amélioré.

Le caoutchouc est cependant délicat, on souhaite un bateau plus rapide; ce sera l'Alerte baptisé le 12 mai 1973.

Sa coque devenant poreuse, quelques fissures apparaissant au tableau arrière, le bateau n'offre plus une sécurité suffisante lors des interventions. On nomme une commission technique, présidée par Michel Vagnière, qui va étudier toutes les nouvelles embarcations des sections de la SISL, ainsi que celles de Kùsnacht, Meilen, Horgen, Kilchberg et Zollikon (de grosses vedettes onéreuses, qui ne conviendraient pas à Lutry).

Enfin c'est sur le lac de Bienne, à Twann que la Commission reconnaît dans le bateau de la Brigade du Lac, un modèle correspondant aux besoins de notre section. Commande est aussitôt passée au chantier naval Muller à Spiez, qui paraît présenter toute garantie de bien-facture et de service après-vente. Sa proximité permet aussi de suivre l'évolution de la construction. Le bateau aura 10 m de longueur sur 3,30 m de largeur pour un poids de 3,8 tonnes. Il sera équipé de deux moteurs, Volvo Penta de 200 CV in-bord, de 2 réservoirs en acier inoxydable contenant 250 litres et atteindra une vitesse de 55 km/h. La coque de 60 mm sera en Airex (mousse synthétique avec couche de fibres de verre de chaque cotés) résistant à la rupture et ne nécessitant qu'un entretien minimal.

Le "Ville de Lutry", inauguré le 1er mai 1985, a tenu toutes ses promesses : il est encore en parfait état aujourd'hui, après une révision importante il y a deux ans.

La peine que s'est donnée la Commission technique et particulièrement son président porte tous ses fruits.

A la pointe du progrès technique - Le système d'alarme

Un piquet de garde est assumé tous les week-ends d'été, à tour de rôle par les membres de la section. La surveillance constante du lac permet une intervention immédiate par les équipiers présents.

En dehors des gardes (mais aussi pendant celles-ci), chacun peut alerter le sauvetage pour signaler des personnes ou embarcations en difficulté, en téléphonant au N°: 118 (police) ou au 021/791-4477 (Sauvetage de Lutry, avec déviation automatique en cas d'absence). L'alarme est répercutée instantanément et en temps réel, par appel téléphonique groupé appelé SMT, à 20 équipiers. De plus, 12 autres équipiers sont munis d'un appareil de recherche de personnes (pager) sur le réseau swisspage (fréquence F3) des Telecom-PTT. Grâce au message qu’ils reçoivent, ils peuvent se préparer au genre d'intervention, tout en se rendant au local du Sauvetage.

C'est le Service de Secours et Incendie (SSI) de la Ville de Lausanne, qui dispose de l'installation technique et du personnel pour répercuter nos alarmes sur téléphone et bips.

Environs 40 alarmes sont déclenchées chaque année par le système ci-dessus.

Télécommunications

Le sauvetage de Lutry dispose de liaisons radio pour ses interventions. En 1973 déjà, le canal Lemano fut institué et l'indicatif "Lemano 23", attribué à Lutry.

Aujourd'hui, le réseau s'est considérablement agrandi et le trafic s'écoule sur le canal D (détresse), qui correspond au canal 16 en mer. Les autres sociétés de sauvetage, les brigades du lac, les autorités françaises et suisses sont atteignables sur ce canal.

Nous disposons également du canal N, gérant l'organisation des grandes régates, du canal K pour la coordination avec d'autres services tels qu'ambulances et pompiers, ainsi que du canal H pour les interventions communes avec hélicoptère. L'ancien canal L est devenu une fréquence de dégagement pour des applications plus locales.

C'est la Police Cantonale Vaudoise, Jorat fixe, qui coordonne les interventions

En 1997, nous nous équipons du nouveau canal E, qui permet à toute personne privée, équipée d'un appareil portable ad hoc, de demander du secours sur tout le territoire suisse. C'est la REGA qui se charge de la centrale d'alarme. Lors d'une intervention sur le lac, nous pouvons alors prendre directement contact avec le navigateur en difficulté.

Avec le succès rencontré ces dernières années par les téléphones mobiles (Natel C et D), nous avons dû équiper notre bateau d'intervention "Ville de Lutry" d'un Natel. En effet, un grand nombre de navigateurs sont équipés de l'un ou l'autre de ces systèmes. Nous avons ainsi la possibilité de contacter l'embarcation en difficulté, pour connaître sa position exacte et y arriver plus rapidement.

Recherches de nuit

Tous les bateaux de sauvetages sont maintenant équipés de feux bleus pour se signaler la nuit. Un feu jaune fixe sur le toit permet à l'hélicoptère de repérer les vedettes de sauvetage.

Celle de Lutry est équipée de 2 projecteurs fixes. De plus, un projecteur à main, très puissant, l'aide à affiner la recherche.

L'équipement comprend des fusées éclairantes, donnant pendant une période limitée, une illumination maximum de la zone de recherche.

Les lunettes à amplification de lumière rémanente n'ont pas conduit au succès escompté, sur l'eau. Les essais continuent.

Par contre le système de navigation GPS (Global Position Satellite) donne d'excellents résultats et permet de s'assurer que l'on ne passe pas deux fois au même endroit lors d'un quadrillage. Il situe en outre l'épave que le "Ville de Lutry" va aller remorquer, une fois les personnes secourues mises en "lieu sûr".