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Le Léman respire par avalanchesBerne, 10 janvier 2006La qualité des eaux du lac Léman est un souci permanent pour ceux qui habitent sur ses rives. Pour rester en bonne santé, cette immense étendue aquatique doit absolument oxygéner ses couches les plus profondes. Elle y parvient généralement en hiver. Mais avec le réchauffement du climat, ce phénomène semble s'enrayer, comme l'ont constaté des chercheurs de l'EPFL, soutenus par le Fonds national suisse. En suivant les mouvements des masses d'eau depuis de nombreuses années, ils ont pu démontrer que plusieurs mécanismes sont responsables de leur brassage.
L'équipement dont
dispose les scientifiques leur a permis d'observer les mouvements internes du Léman
responsables de ce phénomène. Une batterie de capteurs capables de mesurer
toutes sortes de paramètres (température, mouvements, etc.) leur est nécessaire.
En outre, il leur faut placer ces instruments en plusieurs endroits et à différentes
profondeurs, condition indispensable pour suivre le déplacement des masses
d'eau. Une fois les données
accumulées et traités par les ordinateurs, les mouvements secrets du lac se révèlent
à l'écran dans toute leur complexité. Il a fallu toute la science des
hydrodynamiciens pour les identifier. Le plus visible de tous est sans doute
celui que l'on a baptisé « boucle de convection ». Un millefeuille de 300 mètres
Il faut imaginer le
lac comme un millefeuille constitué de différentes couches d'eau qui se
distinguent par leur température et leur densité respectives. C'est à la
surface que le thermomètre oscille le plus, au gré des saisons. De plus de 20°C
en été, on passe facilement quelques mois plus tard à des températures
proches de zéro si l'hiver est rigoureux. Or c'est justement en hiver que se
produisent les boucles de convection, quand la température des eaux de surface
devient inférieure à celle des eaux profondes qui se maintiennent, elles,
toujours aux alentours des 5.5°C. « En physique des liquides, explique Ulrich
Lemmin, plus froid signifie généralement plus dense. Logiquement quand les
couches supérieures du lac atteignent des températures assez basses, elles
plongent vers le fond. » L'oxygène qu'elles contiennent va s'y révéler
particulièrement précieux au maintien de la bonne qualité des eaux du lac.
Algues ou animaux morts tombent en nombre au fond du lac. La dégradation de
cette matière organique par les bactéries aérobies entraîne une grande
consommation d'oxygène. Si ce dernier manque, le travail de nettoyage par les
bactéries ne peut plus se faire. La matière organique s'accumule dans les sédiments,
de même que certains polluants comme le phosphore, et ce jusqu'à menacer l'équilibre
du lac. Le brassage
saisonnier du lac Léman est donc essentiel à sa bonne santé et l'est d'autant
plus que les activités et la présence humaine font peser sur lui une pression
sans cesse grandissante. C'est la raison pour laquelle les spécialistes s'inquiètent
des conséquences d'un éventuel réchauffement climatique durable. Il suffit
d'une faible augmentation des températures moyennes en hiver pour que le
brassage du lac diminue et se révèle insuffisant à la régénération de ses
eaux. L'importance des zones côtières
peu profondes
Pour prendre toute
la mesure du phénomène, il est nécessaire de décortiquer ce processus d'oxygénation
dans son entier. Est-il possible que les boucles de convection ne soient pas les
seuls mouvements à assurer ce brassage ? Et si c'est le cas, ces autres
manifestations sont-elles tout aussi sensibles aux variations de la température
atmosphérique ? C'est en
s'inspirant d'observations effectuées en laboratoire, qu'Ulrich Lemmin et son
équipe ont étendu leurs investigations. A leur grande satisfaction, ils ont découvert
d'autres phénomènes de brassage. Les scientifiques se sont notamment intéressés
aux zones côtières du Léman, où la profondeur n'excède guère les cinq mètres
sur une largeur de plusieurs dizaines de mètres. Ces zones, très abondantes
par exemple entre Genève et Lausanne, en bordure de ce que l'on appelle le
Petit Lac, se refroidissent très vite du fait de leur faible profondeur.
Devenue froide et donc plus dense, cette eau côtière coule à son tour et dévale
en avalanches le long des pentes lacustres pour converger au fond du Petit Lac. Tout récemment, l'équipe
de l'EPFL a réussi à mettre en évidence un autre phénomène qui concourt à
l'oxygénation du lac profond. « Ce sont certaines mesures qui nous ont mis la
puce à l'oreille. Mais elles ne suffisaient pas. Les expériences en
laboratoire nous ont aidés à mettre au point un modèle numérique réaliste.
Nous sommes maintenant convaincus de l'existence d'un troisième phénomène de
brassage qui est intimement lié au second, c'est à dire aux cascades qui se
produisent depuis les côtes peu profondes. » En effet, quand, en
hiver, les eaux froides côtières atteignent le fond du Petit Lac, elles n'ont
réalisé qu‘une partie de leur voyage. Il leur reste en effet à atteindre un
point plus bas encore, à l'est, sur le plateau du lac qui atteint 300 mètres
de profondeur. Lentement, elles quittent le Petit Lac et glissent pour rejoindre
cet abîme lacustre, apportant avec elles leur charge en oxygène. Pour de plus amples informationsProf. Ulrich Lemmin |
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