Chaque année, l'actualité des faits divers
nous rappelle tragiquement que le Léman est un lac froid durant une grande
partie de l'année et qu'une personne qui y tombe accidentellement, a peu
de chance d'y survivre si elle ne prend pas toutes les mesures nécessaires
en attendant l'arrivée des secours.
Ce dossier a pour but de mettre en évidence le mécanisme de l'hypothermie
et ses conséquences, mais aussi la manière de retarder ces effets ainsi
que le traitement d'urgence.
L'hypothermie
est un abaissement de la température du corps humain au-dessous de la
valeur normale. La température centrale de l'organisme est de 37 degrés. L'équilibre thermique, c'est-à-dire la température pour laquelle l'organisme ne perd, ni ne gagne de chaleur est réalisé dans l'eau entre 33 et 34 degrés. De plus pour une même température, on perd 25 fois plus de chaleur dans l'eau que dans l'air.
Une chute dans l'eau peut devenir une situation inquiétante, quelle que
soit la saison si le séjour se prolonge car elle entraîne une hypothermie.
De nombreuses personnes munies de leur
brassière de sauvetage, qui, après leur chute ne sont ni blessées, ni choquées, ni
fatiguées, meurent simplement de froid.
Un corps humain immergé abandonne rapidement sa chaleur dans l'eau froide environnante et
le sang refroidi circule alors dans les organes vitaux comme le cur, le
cerveau
et les affaiblit.
Or, le corps est une machine électrochimique et toutes les réactions
chimiques ralentissent lorsque la température diminue. Si ce ralentissement chimique se
situe dans le cerveau il peut provoquer une perte de conscience (évanouissement), s'il
intervient au niveau du cur il déclenche un état électro-anarchique des
pulsations cardiaques (fibrillation) qui mène à la mort.
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En eau froide la peau et les tissus superficiels se refroidissent très rapidement mais il s'écoule 10 à 15 minutes avant que les températures du cur et du cerveau ne commencent à baisser. Un intense frissonnement apparaît alors pour compenser la grande perte de chaleur. L'évanouissement peut arriver dès que la température interne du corps approche 32°C; quand elle tombe à partir de 30°C, la mort survient par défaillance cardiaque.
Si vous tombez dans l'eau froide, rappelez-vous que l'eau conduit la chaleur beaucoup mieux et plus rapidement que l'air. La plupart des bateaux flotteront même lorsqu'ils ont chaviré ou sont inondés. Aussi, il faut faire tout son possible pour sortir au maximum son corps de l'eau en grimpant sur la coque ou en se hissant sur n'importe quel objet flottant. Le port d'un gilet de sauvetage (voir aussi les gilets de sauvetage) vous gardera à flot même si vous êtes sans connaissance.
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Si elle n'a pas de brassière, la victime doit effectuer quelques mouvements de nage. Les positions les plus courantes sont soit la "marche dans l'eau" (figure 1) soit le "noyé flottant" (figure 2). Dans ces deux cas la personne est debout dans l'eau et fait de lents battements des bras et des jambes. |
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Dans le "noyé flottant", la position naturelle du corps met le visage dans l'eau et fait relever lentement la tête uniquement pour respirer; il y a alors une quantité de chaleur appréciable perdue par la tête. |
![]() figure 3 |
L'examen thermographique d'un sujet qui, soutenu par sa brassière reste immobile debout dans l'eau (figure 3), indique que les zones de grandes pertes de chaleur sont les bas flancs de la poitrine et le V de l'aine. La tête et le cou s'ils sont immergés font également parties de ces zones crtiques. |
Avec ou sans brassière, lors d'une nage vigoureuse, le thermographe montre que les bras, les épaules et la partie supérieure de la poitrine commencent également à perdre beaucoup de chaleur car, en nageant, le sang est contraint d'irriguer les muscles moteurs supérieurs, mais il se refroidit en circulant plus rapidement à la surface du corps en contact avec l'eau. Lorsque ce sang retourne dans le cur et tous les organes, il diminue plus rapidement la température interne du corps.
Dans de l'eau à 10°C, sans brassière, dans la position du "noyé flottant", le temps de survie est inférieur à 1h 30.
En pratiquant la "marche dans l'eau", la personne peut survivre 2 heures.
Avec une
brassière, en restant simplement debout immobile, ce temps peut être augmenté d'au
moins un tiers et atteint 2h 45 dans cette eau à 10°C.
On en déduit que, pour "le noyé flottant", la vitesse de refroidissement est 35 % plus grande que pour la
"marche dans l'eau". Pour ces deux positions la perte de chaleur est respectivement 82% et 34% plus
grande qu'en restant immobile avec brassière.
Dans tous les cas il faut donc garder constamment la tête hors de l'eau.
De plus, d'autres expériences montrent que dans de l'eau à 10°C, un nageur moyen parcourt moins de 1500 mètres avant d'être paralysé par le froid.
| Brassière de sauvetage | Position du naufragé | Température de l'eau | ||
| 4°C | 10°C | 16°C | ||
| sans | noyé flottant (fig.2) | 1h 05 | 1h 26 | 2h 16 |
| sans | marche dans l'eau (fig.1) | 1h 28 | 1h 58 | 3h 04 |
| avec | debout immobile (fig.3) | 1h 58 | 2h 37 | 4h 07 |
| avec | position HELP (fig. 4 & 5) | 2h 52 | 3h 48 | 5h 58 |
Les trois premières lignes du tableau ci-dessus
résument les temps estimés de survie d'une victime (dans les conditions
les plus courantes d'une chute dans l'eau) pour les trois principales
positions, à trois températures d'eau différentes.
La durée de survie augmente si les sujets sont plus grands ou plus gros que la moyenne et
diminue pour des individus maigres et petits.
Ci-dessous une représentation graphique des bénévoles de la garde
côtière canadienne concernant l'espérance de survie approximative en eau
froide et sans protection particulière.
![]() |
Il est logique de déduire de ces constatations qu'en protégeant les zones critiques de
fortes déperditions thermiques, le temps de survie augmentera.
D'où la recherche de deux positions qui impliquent le port de la brassière :
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La première appelée HELP (Heat Escape Lessening Posture = Position de perte minimum de chaleur) concerne une victime isolée. Dans cette position le sujet est recroquevillé, bras serrés sur les flancs de la poitrine, cuisses serrées et les genoux relevés pour préserver la région de l'aine (figure 4). |
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La seconde s'applique à un groupe peu nombreux de personnes. Appelée HUDDLE (en grappe), cette méthode place les 3 ou 4 personnes, en cercle, serrées le plus possible l'une contre l'autre en se faisant face (figure 5). |
Dans la pratique, dans l'eau à
10°C, ces positions ont permis un temps de survie de 4 heures, soit le double de celui
d'un nageur et moitié plus que celui d'un sujet immobile debout (voir quatrième ligne).
Le diagnostic et le traitement de l'hypothermie doivent être très rapides. Car tout
retard dans les soins, après le sauvetage, peut coûter la vie au naufragé. La
température du corps est le signe le plus sûr d'une hypothermie. La pression artérielle
et le pouls (qui devient lent et irrégulier) sont également de bonnes indications.
La victime d'une hypothermie est pâle, ses pupilles sont contractées et réagissent peu
à la lumière, sa respiration est lente et difficile. Souvent le sujet est pris de
violents tremblements coupés de fréquentes périodes de rigidité musculaire. Ces
symptômes pourraient être ceux d'une intoxication.
Traitez les victimes de l’hypothermie avec douceur en évitant les mouvements brusques qui pourraient provoquer un accident cardiaque.
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| Cette étude a eu un très grand retentissement aux Etats-Unis et au Canada et les
organismes concernés par le sauvetage en mer s'en sont directement inspirés pour la
rédaction de leurs instructions de sécurité. Le Guide de poche pour la survie en eau froide édité par l'U.S. Coast-Guard à l'usage du public, en tient compte et a reçu une large diffusion. |
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Bibliographie:
M.Philippe Nacass, Docteur en Chimie Physique
(article repris d'un bulletin de la SNSM)
| Noyades en eau
froide: la fatigue plus que l'hypothermie. Une expérience menée au Royaume-Uni attribue les décès par noyade en eau froide à une altération des capacités à nager et non pas à la classique hypothermie. |
Le refroidissement des membres supérieurs accélérerait la fatigabilité et donc la capacité à assurer les gestes vitaux. Des modifications de la nage et de l'inclinaison du corps dans l'eau en sont les signes avant-coureurs.
Une croyance commune à propos des noyades en eau froide pourrait être remise en question par un travail expérimental mené par l'équipe de Michael TIPTON (Portsmouth, Royaume-Uni). Selon ces médecins, l'hypothermie générale ne serait pas le principal responsable du décès
; elle serait précédée d'une diminution des capacités à nager ainsi que d'une altération de la fonction cardio-respiratoire.
L'expérience, menée auprès de volontaires est née d'un constat : sur les 400 à 1000 noyades enregistrées annuellement outre-Manche, nombre d'entre elles surviennent chez de bons nageurs. L'hypothermie a été accusée très fréquemment, mais le décès est survenu trop précocement pour qu'une chute de la température centrale à moins de 35°C puisse être responsable.
Les auteurs ont donc envisagé d'analyser la détérioration de l'aptitude à nager occasionnée par l'eau froide, ce qui n'avait pas été fait. Ainsi, dix bons nageurs (neuf hommes et une femme) ont été enrôlés. Il leur a été demandé de subir trois épreuves de natation contre un courant artificiel en piscine. Pendant au plus 90 minutes, ils ont dû nager, à leur propre rythme, successivement dans des eaux à
25°C, 18°C et 10°C.
Plusieurs paramètres ont été enregistrés dont:
la consommation d'oxygène
la température rectale
la vitesse
l'angle du corps dans l'eau
la fréquence et l'amplitude des mouvements natatoires
Dans une eau à 25°C, tous les nageurs ont « tenu » 90 minutes ; huit ont réussi l'épreuve dans l'eau à 18°C et seuls cinq ont résisté dans l'eau à 10°C. Parmi les défaillances enregistrées dans le milieu le plus froid, un nageur a cessé de nager à 61 minutes et les quatre autres ont du quitter l'eau avant le délai imparti en raison d'une température rectale à 35°C, alors qu'ils étaient proches de la défaillance. Les auteurs ont constaté qu'en eau à 10°C l'efficacité et l'amplitude des mouvements diminuent alors que leur fréquence et l'inclinaison du corps augmentent. De même, la consommation d'oxygène varie de façon linéaire inverse avec la température de l'eau ; une efficacité de la nage inférieure à 5 mètres par litre d'O2 consommé semble prédictive de la défaillance. Une explication à la perte d'efficacité est avancée : le refroidissement des membres supérieurs avec la fatigue musculaire qui s'ensuit. Cette fatigue empêcherait, en cas de noyade accidentelle, les mouvements vitaux nécessaires à maintenir au moins la tête hors de l'eau, même chez le porteur d'un gilet de sauvetage. Le décès surviendrait par noyade et non par hypothermie.
Dr Guy BENZADON
Bref commentaire du Dr HELUWAERT : un argument de plus pour rester immobile en position fœtale en attendant les secours et disposer d'un gilet de sauvetage maintenant la tête hors de l'eau et non d'une brassière d'aide à la flottaison, dès que les conditions de navigation exposent au risque : eaux froides à moins de 19°C, navigation hauturière, navigation solitaire.
Bibliographie
TIPTON M. : Immersion deaths and swim failure : implications for resuscitation and prevention. The Lancet, 1999 ; vol. 354, pp. 613 & 626-630.
Article repris du site
SFMM
(Société Française de Médecine Maritime)